Côte et résidences secondaires

Maison fermée sur la côte : ce que l’humidité fait en votre absence

Dans une maison habitée, l’humidité vient d’abord de ceux qui y vivent. Dans une maison fermée, plus personne n’en produit — mais plus personne n’aère, ne chauffe ni ne regarde, pendant que le bâti continue d’échanger lentement avec un air côtier humide une bonne partie de l’année. Ce que vous trouverez au printemps se joue donc deux fois : le jour de la fermeture, et la première heure du retour.

Dernière révision: Contenu informatif. Il ne remplace ni une inspection technique sur place ni une étude signée par un professionnel compétent.

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Aller à l’étape suivante sans risque

Résidence secondaire du littoral préparée pour rester fermée une partie de l’année.
La condensation se dépose dès que l’air rencontre une surface passée sous son point de rosée. Dans une maison fermée et non chauffée, ces surfaces froides ne sont plus l’exception mais la règle : mur de façade, dalle du bas, fond des placards. La condensation apparaît quand l’air intérieur humide touche une surface assez froide. Air intérieur chaud et humide Surface froide Vitre ou mur froid Point de rosée Eau liquide
La condensation se dépose dès que l’air rencontre une surface passée sous son point de rosée. Dans une maison fermée et non chauffée, ces surfaces froides ne sont plus l’exception mais la règle : mur de façade, dalle du bas, fond des placards.
  • Air extérieur et surfaces froides
  • Air intérieur, chaud et humide

Ce qui s’arrête vraiment le jour où vous fermez

Fermer une maison supprime d’un coup la principale source de vapeur : plus personne n’y prend de douche, n’y fait bouillir d’eau, n’y étend de linge. D’où la surprise de la retrouver en plus mauvais état en mars qu’on ne l’avait laissée à l’automne. Le raisonnement paraît imparable, mais il ne regarde qu’un côté de la balance.

Un point de vocabulaire commande presque tout ici. L’aération est un geste : ouvrir un moment. La ventilation mécanique est la famille des installations qui renouvellent l’air sans que personne s’en occupe — ce qu’un lecteur français appelle spontanément une VMC. Le renouvellement d’air, lui, est le résultat, et c’est lui seul qui compte. Une maison fermée perd le geste ; il ne lui reste que ce qui fonctionne sans personne.

Car en tournant la clé, vous ne retirez pas seulement la vapeur des occupants : vous retirez aussi l’aération, qui n’aura plus lieu pendant des mois, le chauffage, qui tenait les parois au-dessus du froid, et le regard — dans une maison habitée, une tache se voit dans la semaine où elle apparaît. Trois choses, en revanche, continuent sans vous.

  • L’échange avec l’air du dehors, très lent et jamais interrompu. Sur la côte catalane, cet air est humide une bonne partie de l’année — hivers doux et humides, étés chauds et humides : assez régulier pour tenir la maison chargée, beaucoup trop faible pour en assécher un angle.
  • Le stockage. Matelas, coussins, linge rangé, bois, livres, cartons reprennent l’humidité quand elle est là et la rendent quand elle baisse. Rien ne la sort de la maison : elle tourne en boucle.
  • La ventilation mécanique, si la maison en possède une : le seul dispositif qui produise encore un renouvellement d’air quand il n’y a personne.

Cette humidité ne se répartit d’ailleurs pas uniformément : elle se concentre là où l’air ne bouge pas et où la paroi est froide. Le mécanisme n’a rien de spécifique au bord de mer ; ce qui l’est, c’est que rien ne vient jamais l’interrompre.

L’hiver et l’été ne sont pas la même fermeture

Un week-end d’août dans une maison restée close sent le renfermé, et guère plus : la maison est chaude, ses parois sont loin de la température à laquelle l’eau se dépose. L’exception est la dalle du rez-de-chaussée, en contact avec le terrain, qui reste fraîche pendant que la maison se remplit d’un air chaud et chargé — d’où ces sols mouillés qu’on retrouve en août sans la moindre fuite.

La fermeture longue d’hiver est autre chose. Sans chauffage, la maison entière finit par se mettre à la température du dehors, et dans cette moyenne certaines surfaces sont nettement plus froides que les autres : le mur de façade exposé, les angles, les cloisons qui donnent sur un espace jamais chauffé, la dalle du bas. En climat méditerranéen, cela ne veut pas dire gel, mais des semaines douces et humides sur une maison froide — bien plus efficace pour déposer de l’eau qu’un froid sec. Les volets ajoutent leur part : on les ferme pour la sécurité, et ils retirent du même geste le peu de soleil qui venait sécher un mur ou un rebord de temps en temps.

Reste le moment que l’intuition ne voit pas venir : une journée douce et lourde de vent marin arrive sur une maison encore à la température des trois semaines précédentes. C’est exactement le jour où l’on a envie de tout ouvrir en grand, et celui où l’air apporte plus d’eau qu’il n’en retire.

Les réflexes rapportés de France ne se transposent pas tels quels

« Aérer dix minutes par jour, même en hiver » repose sur un hiver dont l’air extérieur est froid et réellement sec : ouvrir retire alors de la vapeur presque mécaniquement, et le seul coût est un peu de chaleur perdue. L’hiver de la côte catalane est doux et humide. L’air qu’on fait entrer n’est pas toujours plus sec que celui qu’on chasse, et le geste devient conditionnel : ce qui compte n’est plus la durée, mais le jour, l’heure et l’état de la maison. Pour une maison fermée, la conséquence est directe : la personne qui passe en février n’a pas à aérer dix minutes par principe, mais à ouvrir largement pendant toute la durée de sa visite si l’air du dehors est frais et sec, et à écourter si la journée est douce et lourde.

Et si vous cherchez le texte auquel vous référer, ce n’est pas celui que vous connaissez. En Espagne, la ventilation des logements relève du Code technique de l’édification (Código Técnico de la Edificación, CTE), dont le document de base HS 3 traite la qualité de l’air intérieur : c’est le cadre espagnol qui fait référence ici, et non les textes français. HS 3 décrit le logement comme un trajet : l’air neuf entre par les pièces sèches — chambres, séjour —, traverse les circulations, puis est extrait des pièces humides vers l’extérieur. Ce trajet ne disparaît pas quand vous fermez la maison ; ce qui disparaît, c’est la personne qui le mettait en route chaque matin. D’où la consigne du jour du départ : ne rien boucher de ce qui reste.

Le jour de la fermeture : ouvrir ce qu’on ferme, couper ce qu’on laisse

L’essentiel des gestes utiles consiste à faire l’inverse de ce qu’on fait spontanément en quittant une maison.

Ce qu’on a tendance à fermer et qu’il vaut mieux laisser ouvert. Les portes intérieures, pour que la maison forme un seul volume d’air et non une collection de pièces closes. Les placards et les tiroirs, entrebâillés. Le réfrigérateur, vidé, dégivré et calé ouvert : vide et fermé tout l’hiver, c’est une boîte à humidité. Écartez du mur de façade les meubles hauts, la tête de lit et tout ce qui est collé ; posez les matelas de chant si c’est possible. Et surtout, ne recouvrez ni les grilles, ni les entrées d’air des menuiseries, ni la bouche d’extraction de la salle de bain : ce peu de trajet est tout ce qui restera.

Ce qu’on a tendance à laisser et qu’il vaut mieux couper. La vanne d’arrêt générale, d’abord. Un flexible qui lâche sous l’évier dans une maison vide, ce n’est pas de l’humidité : ce sont des semaines d’eau. Les siphons peuvent aussi s’assécher faute d’usage ; remplissez-les d’eau avant le départ et, pour une longue absence, demandez à un professionnel de la plomberie quelle protection compatible convient à votre évacuation.

Ce qui n’a rien à faire dans une maison qui va rester close. Serviettes humides, serpillière et son seau, poubelle, linge à peine sec, cartons posés à même le sol, plantes qu’il faudrait arroser. Le linge de maison se conserve mieux dans un placard entrebâillé qu’au fond d’un tiroir plein.

Laisser tourner un appareil, ou faire passer quelqu’un

Si la maison est équipée d’une ventilation mécanique prévue pour fonctionner en continu, la fermeture est justement la période où la laisser tourner a le plus de sens. L’arrêter pour économiser pendant les mois où la maison est vide, c’est la couper au moment où plus rien d’autre ne fait le travail. Quel système convient à quel logement est une autre question, traitée ailleurs.

Un déshumidificateur, lui, assèche l’air de la pièce où il se trouve tant qu’il fonctionne, et ne renouvelle rien : avec un réservoir, il s’arrête le jour où celui-ci est plein et passe le reste de l’hiver en meuble, et il ne se conçoit, dans ce cas, qu’avec une évacuation permanente. Un chauffage de fond à température basse, lui non plus, n’assèche pas l’air : il maintient les surfaces au-dessus du pire du froid, ce qui est l’autre moitié du problème. Et l’hygromètre à mémoire des maxima ne corrige rien, mais il transforme une impression en donnée : au printemps, vous saurez jusqu’où c’est monté.

Ce qu’aucun appareil ne fait, en revanche, c’est regarder. Si quelqu’un de confiance habite à proximité, une visite vaut mieux que n’importe quelle machine — à condition que ce qu’on lui demande reste raisonnable.

  • Raisonnable. Ouvrir deux fenêtres opposées en arrivant et laisser traverser pendant la visite, portes intérieures ouvertes ; passer dans toutes les pièces, y compris celles dont on ne se sert jamais, et ouvrir les placards ; refaire les mêmes photos depuis le même endroit.
  • Pas raisonnable, et pas un service à demander à un voisin. Monter sur un toit ou une terrasse, intervenir sur une façade, ouvrir ou modifier un conduit collectif de l’immeuble, toucher à une installation électrique, appliquer un produit sur une tache.

Rouvrir dans le bon ordre

L’erreur a une forme très reconnaissable. On arrive de nuit en février, on referme derrière soi, on pousse le chauffage à fond, on se douche et on fait à dîner. Le lendemain matin, il y a de l’eau sur toutes les vitres et les murs sont humides au toucher. Ce n’est pas le problème qu’on a trouvé : c’est celui qu’on vient de fabriquer, sur des parois encore à la température qu’elles ont gardée tout l’hiver.

L’ordre qui fonctionne est l’inverse.

  1. Ouvrir avant tout le reste, de deux côtés opposés, portes intérieures comprises, pour que l’air traverse. L’odeur de renfermé se juge après ce moment-là, pas en entrant.
  2. Chauffer tôt et de façon continue, pas par à-coups. Les premières heures ne servent pas à avoir chaud : elles servent à ce que les parois cessent d’être le point froid de la maison.
  3. Premières douches et premiers repas avec l’extraction en marche, et de l’air qui puisse entrer sous la porte de la salle de bain — un extracteur ne sort de l’air que si de l’air peut entrer ailleurs.

Une fois la maison aérée, regardez avant de toucher quoi que ce soit. Les endroits qui parlent en premier sont toujours les mêmes.

Où regarderPourquoi ça commence làCe que ça ne prouve pas
Fond des placards adossés au mur de façadeParoi froide et air complètement immobileQue toute la maison est atteinte : c’est une poche
Derrière la tête de lit, le canapé, un meuble colléLe meuble empêche la chaleur d’atteindre la paroiRien, tant que le meuble n’a pas été écarté et la zone revue
Matelas, coussins, linge rangéIls stockent l’humidité et touchent souvent mur ou solQu’il y a une fuite : ils suivent l’air de la maison
Angles de plafond et joints de la salle de bainCe sont les bords les plus froids de la pièceQue l’extraction est en cause : dans une maison vide, personne ne produit de vapeur
Sol et plinthes du rez-de-chausséeLe terrain garde la dalle fraîche toute l’annéeQue c’est de la condensation : à revoir en semaine sèche

Photographiez ce que vous trouvez avant de l’essuyer et avant de repeindre par-dessus : une tache essuyée le premier matin ne se compare plus à rien. Et si de la moisissure est visible, mieux vaut ne pas s’en accommoder le temps d’un été : les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé sur l’humidité et les moisissures permettent de relier l’humidité intérieure persistante et les moisissures à des symptômes respiratoires. Retirer la moisissure et corriger l’air sont deux travaux distincts, et le second ne garantit pas que la première ne reviendra pas.

Le séjour de trois jours en plein hiver

C’est la configuration la plus défavorable, et c’est rarement celle à laquelle on pense. Quelqu’un — vous, la famille, des amis à qui vous prêtez la maison — occupe pleinement une maison froide pendant deux jours : douches, cuisine, serviettes, linge posé sur un radiateur. Toute la vapeur d’une occupation normale, sur des parois qui n’ont pas eu le temps de se réchauffer. Puis on referme, et l’eau reste dedans pour des semaines.

L’aération qui compte, dans ce cas, n’est pas celle de l’arrivée : c’est celle du départ. Le dernier matin, pendant que la maison est encore chaude, ouvrir largement, laisser traverser, puis sortir tout ce qui est humide — serviettes, torchons, poubelle — et rouvrir portes intérieures et placards avant de fermer à clé.

Ce que le renouvellement d’air ne touchera pas

Une maison en bord de mer — Costa Brava, Maresme, Costa Daurada — reçoit quelque chose qu’un appartement abrité ne reçoit pas avec la même force : des épisodes de vent d’est qui plaquent la pluie contre une façade précise. Cette eau ne tombe pas, elle s’écrase, et elle cherche les joints de menuiserie, les appuis de fenêtre, les seuils de terrasse et les évacuations qui ne suivent plus. Dans une maison fermée, l’épisode peut se répéter tout l’hiver sans témoin.

Certains signes n’ont rien à voir avec de la condensation :

  • la tache apparaît ou grandit dans les jours qui suivent un coup de mer, puis n’évolue plus ;
  • elle est là aussi en août, en semaine sèche et maison chaude ;
  • elle descend verticalement depuis un point précis, ou monte du sol en bande continue à bord horizontal net ;
  • elle apparaît sous une terrasse, un seuil ou une fenêtre, et non dans les zones froides de la maison ;
  • tout étant fermé, le compteur d’eau tourne encore.

Ce dernier point est la vérification la moins coûteuse qui existe, et elle mérite d’être faite à chaque réouverture : si le compteur bouge robinets fermés, ce que vous avez n’est pas une question d’air.

Infiltration, remontée capillaire et condensation sont des mécanismes différents, qui se corrigent différemment et ne se départagent pas de façon fiable à distance : cela demande une inspection sur place. Insister sur l’aération pendant qu’une entrée d’eau se répète à chaque tempête ne fait qu’allonger le dommage. D’où la seule visite qui ne s’inscrit dans aucun calendrier : celle qui suit un fort coup de levant.

Une feuille derrière la porte d’entrée

Une maison fermée ne se surveille pas de loin : elle se documente. Et comme ce n’est pas toujours vous qui ouvrez le premier — un membre de la famille, des amis, le voisin qui passe en janvier —, une consigne écrite vaut mieux qu’une consigne transmise de mémoire : la date de la dernière fermeture et le relevé du compteur ce jour-là, ce qui reste ouvert et ce qui a été coupé, l’emplacement de la vanne d’arrêt, les points de photo à reprendre du même endroit, l’ordre de réouverture et ce qui ne se tente pas seul.

Ce qui sépare une maison fermée bien tenue d’une maison fermée qui se dégrade n’est presque jamais l’équipement. C’est qu’il existe quelque part une trace de ce qu’on y a laissé et de ce à quoi elle ressemblait le jour où l’on a tourné la clé. Sans cette trace, chaque printemps consiste à redécouvrir la maison au lieu de la comparer.

Sources

Les affirmations techniques et réglementaires de cette page s’appuient sur les sources ci-dessous.

  1. Guía resumida del clima en España — valores climatológicos normales — Agencia Estatal de Meteorología (AEMET)
  2. Documento Básico HS «Salubridad», Código Técnico de la Edificación — Ministerio de Vivienda y Agenda Urbana / Código Técnico de la Edificación
  3. WHO Guidelines for Indoor Air Quality: Dampness and Mould — World Health Organization
  4. Com ventilar bé una casa: guia bàsica de criteris i recomanacions — 3Cat (Corporació Catalana de Mitjans Audiovisuals)