Humidité dans le logement

Condensation dans le logement : d’où vient l’eau et sur quoi agir

L’eau qui apparaît sur un mur, dans un angle ou derrière une armoire n’est pas venue de l’extérieur : elle circulait déjà dans le logement sous forme de vapeur, et elle est redevenue liquide au contact d’une surface assez froide. La condensation dépend donc de trois choses à la fois — la vapeur produite, l’air renouvelé, la température des surfaces — et n’en corriger qu’une seule suffit rarement.

Dernière révision: Contenu informatif. Il ne remplace ni une inspection technique sur place ni une étude signée par un professionnel compétent.

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La vapeur produite dans le logement circule d’une pièce à l’autre et redevient liquide dès qu’elle rencontre une surface descendue sous son point de rosée. La condensation apparaît quand l’air intérieur humide touche une surface assez froide. Air intérieur chaud et humide Surface froide Vitre ou mur froid Point de rosée Eau liquide
La vapeur produite dans le logement circule d’une pièce à l’autre et redevient liquide dès qu’elle rencontre une surface descendue sous son point de rosée.
  • Air extérieur et surfaces froides
  • Air intérieur, chaud et humide

Ce qui se passe quand l’air d’une pièce touche une paroi froide

L’air transporte toujours de la vapeur d’eau, et la quantité qu’il peut en transporter dépend de sa température : plus il est chaud, plus il en admet. Lorsque cet air rencontre une paroi froide, la mince pellicule en contact se refroidit d’un coup. Si elle descend sous son point de rosée, elle ne peut plus garder toute la vapeur qu’elle portait, et l’excédent se dépose en gouttes sur la paroi.

Toute la physique tient là, et elle a une conséquence qui change le diagnostic : dans une condensation, aucune eau n’est entrée. La vapeur circulait déjà dans le logement — la respiration, la douche, les casseroles, le linge étendu — et le mur n’a servi que de surface de dépôt. Un produit appliqué depuis l’extérieur n’y peut donc rien, et la tache ne séchera pas d’elle-même tant que les mêmes conditions se reproduisent : l’eau reviendra exactement au même endroit.

Cela explique aussi pourquoi le phénomène fonctionne par seuil, et non par dégradation continue. Des semaines peuvent passer sans rien, puis quelques nuits froides d’affilée suffisent à faire apparaître des taches dans la moitié du logement. Sur la côte catalane, où l’hiver est doux mais humide, ce franchissement est typiquement intermittent — et c’est ce qui trompe. Que cela n’arrive pas tous les jours ne veut pas dire que c’est réglé.

Pourquoi le même air est inoffensif au séjour et destructeur dans un angle

Le point de rosée n’est pas une note attribuée au logement. Ce n’est ni une propriété de l’air seul, ni une propriété du mur seul : c’est une rencontre. Le même air, avec exactement la même charge de vapeur, ne provoque rien sur une cloison intérieure tiède et ruisselle sur un angle de mur extérieur resté froid.

D’où deux conséquences pratiques. Un même appartement peut condenser dans une pièce et pas dans la voisine, sans que rien n’ait changé dans les habitudes. Et chercher un chiffre unique qui dirait « ça va » ou « ça ne va pas » est une impasse, puisque ce qui compte est l’écart entre l’air du logement et la plus froide de ses surfaces. Mesurer l’humidité de l’air a son utilité, mais c’est un autre sujet, traité ailleurs.

Pour un propriétaire français, c’est aussi le point où les réflexes rapportés de France cessent d’être fiables. La physique ne change pas de pays ; le bâti, le climat et les textes, si. Un logement situé en Catalogne relève du Code technique de l’édification espagnol, dont le document de base HS 3 traite de la qualité de l’air intérieur — pas des textes auxquels vous êtes habitué.

Un bilan à trois termes, et le piège de n’en corriger qu’un

Tout ce que l’on peut faire contre la condensation agit sur l’un de ces trois termes, et sur aucun autre.

TermeCe qui le fait varierCe qui subsiste si l’on ne corrige que celui-là
La vapeur produiteDouches, cuisson, linge séché à l’intérieur, nombre d’occupantsMoins de vapeur, mais un logement sans évacuation et avec des angles froids condense encore, plus lentement
Le renouvellement d’airExtraction qui fonctionne réellement, passage d’air sous les portes, entrées d’air et grilles non obstruéesL’air se renouvelle, mais la pièce laissée nettement plus froide que les autres reste le point de dépôt
La température des surfacesChauffage plus régulier, meubles écartés des murs extérieurs, isolationDes surfaces moins froides, mais une charge de vapeur qui ne sort pas finit tout de même par franchir le seuil

La condensation n’apparaît pas parce que l’un de ces termes est mauvais, mais parce que leur combinaison franchit la limite. De là des tentatives sérieuses qui échouent : cesser d’étendre le linge à l’intérieur tout en gardant fermée et non chauffée la chambre la plus froide ; aérer chaque matin avec discipline alors que la salle de bain n’a pas d’extraction efficace et une porte posée au ras du sol ; chauffer le séjour et laisser le reste du logement à la température qu’il veut bien prendre.

La bonne question n’est donc pas « que dois-je faire », mais « lequel des trois est le plus mauvais chez moi ».

La vapeur que produit une journée ordinaire

Aucune fuite n’est nécessaire pour qu’un logement produise beaucoup d’humidité. Ce qui distingue les sources, ce n’est pas leur nature, c’est la quantité, la vitesse et le lieu.

  • Les occupants. Respiration et transpiration libèrent de la vapeur en continu, y compris pendant le sommeil. Dans un logement compact et bien occupé, ce fond permanent est plus élevé, et il ne s’éteint jamais.
  • La douche. Beaucoup, très vite, dans une petite pièce souvent fermée. C’est le pic de la journée.
  • La cuisson. Faire bouillir ou cuire à la vapeur libère bien davantage qu’un plat au four fermé, et une casserole couverte bien moins qu’une casserole ouverte.
  • Le linge séché à l’intérieur. Toute l’eau que l’essorage n’a pas retirée passe dans l’air de la pièce, sans exception. Lentement, sans buée spectaculaire — et lorsque cela se fait dans une chambre fermée et peu chauffée, les trois termes jouent contre vous en même temps.
  • Les apports discrets. Le lavage des sols, un sèche-linge non raccordé à l’extérieur, beaucoup de plantes réunies, un aquarium.

Il ne s’agit pas d’une liste d’interdits : se doucher, cuisiner et respirer ne se négocient pas. Ce qui se négocie, c’est l’endroit où la vapeur est libérée et la présence d’une extraction en marche à ce moment-là. Évacuer la vapeur au point où elle naît coûte toujours moins cher que de la retirer ensuite de tout le logement — et c’est précisément pour cela que le DB HS 3 demande en cuisine un dispositif d’extraction spécifique pour les fumées de cuisson, distinct de la ventilation générale du logement.

La vapeur ignore les portes

C’est le point le moins intuitif, et celui qui explique les taches apparemment absurdes. La vapeur se répartit dans tout l’air disponible : une porte fermée la ralentit, elle ne la retient pas. L’humidité d’une douche de dix minutes se retrouve en quelques heures dans le couloir et dans les chambres.

Le Code technique espagnol organise le logement précisément pour canaliser ce déplacement : l’air neuf est admis dans les pièces sèches — chambres, séjour —, traverse les circulations par des ouvertures de transfert, puis est extrait des pièces humides, salle de bain et cuisine, vers l’extérieur. Quand ce trajet fonctionne, la vapeur sort par où elle est née. Quand il est rompu, elle prend l’autre route, qui est le reste du logement, et elle s’arrête sur la première surface assez froide — parfois deux pièces plus loin.

Le trajet se rompt pour des raisons très concrètes et très peu spectaculaires :

  • une porte de salle de bain posée sans détalonnage ni grille de transfert, alors qu’une extraction n’évacue de l’air que si de l’air peut entrer ailleurs : c’est une cause facile à manquer quand un extracteur semble ne rien faire ;
  • une entrée d’air ou une grille recouverte de ruban adhésif, ou repeinte, souvent parce qu’on la tenait pour responsable du froid ;
  • un appartement rénové devenu beaucoup plus étanche, qui a perdu sans décision explicite les infiltrations parasites assurant jusque-là une part du renouvellement d’air — un cas qui a sa propre page.

Deux configurations catalanes ajoutent une difficulté. Quand la salle de bain ou une chambre donne sur un pati de llum, ce puits de lumière intérieur des immeubles barcelonais, l’air disponible est celui de la cour, plus calme et souvent plus humide que celui de la rue : le même geste renouvelle moins. Et quand l’extraction débouche dans un ancien conduit vertical collectif, le shunt, le tirage n’est pas nécessairement celui que l’on imagine. Ce conduit relève des parties communes de l’immeuble : si vous le soupçonnez d’être obstrué ou mal terminé, la question est à porter à la copropriété et à un professionnel, jamais quelque chose à ouvrir ou à modifier soi-même.

Le froid n’est pas réparti, il est concentré

La condensation ne se répand pas au hasard : elle choisit toujours le point le plus froid. D’où sa répétition, hiver après hiver, aux mêmes endroits.

  • L’angle entre deux murs extérieurs. Il perd de la chaleur par deux faces à la fois, et l’air chaud de la pièce y circule mal. C’est le point froid de la géométrie, et le premier à se mouiller.
  • Le mur extérieur derrière un meuble collé. Le meuble isole du mauvais côté : il empêche la chaleur de la pièce d’atteindre la paroi et enferme entre les deux une poche d’air immobile et froid. L’odeur de renfermé précède souvent la tache.
  • L’embrasure des fenêtres. Autour de l’ouverture, l’épaisseur du mur se réduit et la surface intérieure descend plus bas que le reste de la paroi. L’eau qui apparaît sur le vitrage lui-même se lit autrement, et cette lecture a sa page.
  • L’intérieur des placards encastrés dans un mur extérieur. Sans circulation d’air, contre une paroi froide : c’est le linge qui donne l’alerte avant le mur.

Lue à l’envers, cette liste est un premier diagnostic. Si les taches tombent exactement sur ces points, le mécanisme est bien une condensation.

La pièce fermée qui sert de collecteur

Le pire cas n’est pas le plus visible. Une chambre d’amis maintenue froide, une pièce condamnée, un logement dont on ne chauffe qu’une partie : la pièce laissée froide devient le collecteur de tout l’appartement. La vapeur produite à la salle de bain et à la cuisine y arrive et y trouve les surfaces les plus froides : la pièce fonctionne comme un déshumidificateur passif que personne ne vide jamais — et voilà comment des taches apparaissent dans une pièce où l’on ne fait rien qui produise de l’humidité.

Une variante intéresse particulièrement le propriétaire non résident : le logement fermé plusieurs mois. Personne n’y produit de vapeur, mais personne n’y ouvre rien non plus. Le logement en est réduit à ce qui fonctionne sans occupant : un système mécanique continu agit toujours, une stratégie fondée sur l’aération manuelle ne tourne plus du tout.

Condensation, infiltration, remontée capillaire : ce qui les distingue

La condensation n’est pas la seule cause d’humidité dans un logement, et les traiter toutes de la même façon prolonge le dommage.

MécanismeComment il se comporteCe qui ne colle pas avec une condensation
Infiltration d’une canalisation, d’une chute, ou de la salle de bain du dessusTache dont l’origine est repérable, et qui s’étend depuis un point précisElle progresse indépendamment du froid et des habitudes, y compris en été
Remontée capillaireBande continue en bas du mur, bord horizontal net, sels et peinture décolléeElle se concentre au ras du sol, ni dans les angles hauts ni derrière les meubles
Entrée d’eau de pluieApparaît ou s’aggrave après les épisodes de pluie ou de coup de merSon calendrier suit le ciel, pas la température intérieure ni l’usage du logement

Le calendrier est l’indice domestique le moins coûteux. Une condensation suit le froid et les habitudes : elle s’aggrave quand le logement reste fermé, s’améliore quand on aère et que l’on chauffe, et disparaît presque dans un été méditerranéen où les surfaces intérieures ne sont plus froides.

Il faut pourtant être honnête sur la limite : ces mécanismes se superposent. Une petite infiltration entretient un mur humide ; un mur humide conduit moins bien la chaleur et reste plus froid ; de la condensation finit par s’y ajouter. La forme de la tache et le calendrier orientent ; ils ne permettent pas de trancher un cas réel de façon fiable — cela demande une inspection sur place. Insister sur la ventilation quand il s’agit d’une entrée d’eau ne fait que laisser le dommage progresser.

Si l’humidité persistante a déjà produit de la moisissure visible, mieux vaut ne pas s’y habituer : les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé sur l’humidité et les moisissures permettent de relier l’humidité intérieure persistante et les moisissures à des symptômes respiratoires. Retirer la moisissure et corriger l’air sont deux travaux distincts, et le second ne garantit pas que la première ne revienne pas.

Ce que vous seul pouvez observer

Un technicien qui se déplace voit un instant. Il touche des surfaces, ouvre des trappes, mesure éventuellement des températures de paroi. Ce qu’il ne peut pas reconstituer, c’est l’histoire — et c’est souvent elle qui départage les mécanismes.

Trois éléments valent plus qu’une description générale.

  1. La date de départ, et ce qui a changé autour. Un remplacement de menuiseries, une rénovation, une hotte changée, une grille rebouchée, un occupant de plus, un radiateur que l’on a cessé d’allumer. Une condensation qui débute a presque toujours un déclencheur datable.
  2. La carte des pièces. Lesquelles se mouillent, lesquelles jamais, et quelles portes restent fermées entre les pièces humides et les pièces froides. Un croquis approximatif suffit.
  3. La réaction aux changements. Ne modifier qu’une seule chose pendant quelques jours — le linge séché ailleurs, la porte de la chambre entrouverte, la hotte laissée en marche plus longtemps — et noter si la carte des taches change. Une variable à la fois : c’est ce qui sépare une observation d’une impression.

Avec cela, « j’ai de l’humidité » devient une description exploitable : telles pièces, dans telles conditions, apparue à telle période, sensible ou insensible aux habitudes. C’est le matériau qui permet à quiconque devra évaluer le logement de partir de faits plutôt que d’une impression. Et c’est vous, et personne d’autre, qui l’avez.

Sources

Les affirmations techniques et réglementaires de cette page s’appuient sur les sources ci-dessous.

  1. Documento Básico HS «Salubridad», Código Técnico de la Edificación — Ministerio de Vivienda y Agenda Urbana / Código Técnico de la Edificación
  2. WHO Guidelines for Indoor Air Quality: Dampness and Mould — World Health Organization
  3. Guia d’aplicació del DB HS 3 — Qualitat de l’aire interior — Col·legi d’Arquitectes de Catalunya